10 novembre 2021

Grégoire de Naziance

Grégoire de Naziance, dit « le Jeune », ou encore Grégoire le Théologien, né en 330 en Cappadoce et mort en390, est un théologien et un Père de l'Eglise.


« Le Grand Architecte de l’univers conçut et réalisa un être doué des deux natures, la visible et l’invisible : Dieu créa l’homme, tirant son corps de la matière préexistante qu’Il anima de Son propre Esprit […]. Ainsi naquit en quelque sorte un univers nouveau, petit et grand à la fois. Dieu le plaça sur la terre, […] cet adorateur « mêlé », pour contempler la nature visible, être initié à l’Invisible, régner sur les créatures de la terre, obéir aux ordres d’En Haut, réalité à la fois terrestre et céleste, instable et immortelle, visible et invisible, tenant le milieu entre la grandeur et le néant, à la fois chair et esprit […] ; animal, en route vers une autre patrie et, comble du mystère, rendu semblable à Dieu par un simple acquiescement à la Volonté Divine. »
« O toi l’Au-delà de tout, comment t’appeler d’un autre nom ? Quel hymne peut te chanter ? Aucun mot ne t’exprime. Quel esprit peut te saisir ? Nulle intelligence ne te conçoit. Seul, tu es ineffable ; tout ce qui est dit est sorti de Toi. Seul, tu es inconnaissable ; tout ce qui se pense est sorti de Toi. Tous les êtres te célèbrent, ceux qui parlent et ceux qui sont muets. Tous les êtres te rendent hommage, ceux qui pensent comme ceux qui ne pensent pas. L’universel désir, le gémissement de tous tend vers Toi. Tout ce qui existe te prie et vers Toi, tout être qui sait lire ton univers, fait monter un Hymne de Silence. En Toi seul tout demeure. En Toi, d’un même élan, tout déferle. De tous les êtres Tu es la fin. Tu es unique. Tu es chacun et Tu n’es aucun. Tu n’es pas un être, Tu n’es pas l’ensemble : Tu as tous les noms ; comment t’appellerai-je, Toi, Le Seul qu’on ne peut nommer ? »

« Le Verbe de Dieu prit une parcelle de la terre nouvellement créée, façonna de ses mains immortelles notre forme et Lui communiqua la Vie : car l’esprit qu’Il Lui a insufflé est un jet de l’Invisible Divinité. Ainsi, de la boue et du Souffle, l’homme fut créé, image de l’Immortel […]. C’est pourquoi, en ma qualité de terre, je suis attaché à la vie d’ici-bas, mais portant aussi une parcelle de la Divinité, le désir du monde à venir travaille mon cœur. »
« Je suis saisi d’effroi lorsque je pense à la profusion des désignations de l’Esprit : Esprit de Dieu, Esprit du Christ, Esprit d’adoption. Il nous rénove dans le baptême et dans la résurrection. Il souffle où Il veut. Source de Lumière et de Vie, Il fait de moi un temple, Il me défie […]. »

« Tout ce que fait Dieu, c’est Lui qui le fait. Il se multiplie dans les langues de feu et multiplie les dons, Il suscite des prédicateurs, des apôtres, des prophètes, des pasteurs, des docteurs […]. C’est un autre Consolateur […], comme si c’était un autre Dieu. »
« Dieu a toujours existé, et Il existera toujours ; ou, pour dire mieux, Il existe toujours. En effet, « avoir été » et « être dans le futur », c’est exprimer les fragments de la durée telle que nous la connaissons, un écoulement de la nature. Mais Dieu, Lui est l’« Eternel Existant » et c’est là le nom qu’Il se donne à Lui-même lorsqu’Il dévoile l’avenir à Moïse sur la montagne. En effet Il contient en Lui-même l’Etre tout entier, lequel n’a pas eu de commencement et n’aura pas de fin, ce que j’appellerais un océan d’Etre sans limites et sans fin, placé au-delà des concepts que notre intelligence peut se former de la durée et de la nature. On peut L’évoquer par l’intelligence que d’une manière obscure […], non par une connaissance de Sa Nature Propre mais par une vision des réalités qui L’entourent. Rassemblant et comprenant les images qui s’imprègnent dans notre esprit, nous pouvons arriver à reconstituer comme une ressemblance de la Vérité […] ; Il éclaire la partie supérieure de notre être, pourvue qu’elle soit purifiée, autant que, dans sa rapidité, l’éclair frappe notre vue et cela, selon moi, pour qu’en proportion de l’intelligence que nous avons de Lui, Il nous attire à Soi […] et que, dans la mesure où nous ne Le comprenons pas, il existe en nous la curiosité ; celle-ci fera naître dans notre âme le désir de Le connaître plus avant ; ce désir nous dépouillera ; ce dépouillement nous rendra semblable à Dieu. Lorsque nous aurons atteint cet état, Dieu conversera avec nous comme avec des amis et, si j’ose dire, Dieu uni à des dieux et se révélant à ceux-ci, sera connu autant qu’Il connaît ceux qui Le connaissent. »

 « Arrêtez-vous non à la loi des forts, mais à celle du Créateur. Secourez de votre mieux la nature, honorez la liberté originelle, respectez les personnes, protégez votre espèce contre le déshonneur, secourez-la dans ses maladies, arrachez-la à sa pauvreté. […] Ne cherchez à vous distinguer des autres que par votre générosité. Soyez des dieux pour les pauvres en imitant la miséricorde de Dieu. L’homme n’a rien de plus en commun avec Dieu que la faculté de faire le Bien. »

9 novembre 2021

Grégoire de Nysse

Grégoire de Nysse, né entre 331 et 341 en Turquie, mort après 394, est un théologien et un Père de l'Eglise.


« Ici dans le domaine spirituel, la naissance ne vient pas d’une intervention étrangère, comme c’est le cas pour les êtres corporels qui se reproduisent d’une manière extérieure. Elle est le résultat d’un choix libre et nous sommes ainsi en un sens nos propres parents, nous créant nous-mêmes tels que nous voulons être et par notre liberté nous façonnant selon le modèle que nous choisissons. »
« Connais combien ton Créateur t’a honoré au-dessus de toute créature. Le ciel n’est pas une image de Dieu, ni la lune, ni le soleil, ni la beauté des astres, ni rien de ce qui peut être vu dans la création. Seul tu as été fait image de la Réalité qui dépasse toute intelligence, ressemblance de la beauté incorruptible, empreinte de la Divinité véritable, réceptacle de la Béatitude, sceau de la Vraie Lumière. Lorsque tu te tournes vers Lui, tu deviens ce qu’Il est Lui-même […]. »

« Il n’y a rien de si grand parmi les êtres qui puisse être comparé à ta grandeur. Dieu peut mesurer le ciel tout entier à l’empan. La terre et la mer sont enfermées dans le creux de sa main. Et cependant, Lui qui est si grand et contient toute la création dans la paume de sa main, tu es capable de Le contenir, Il demeure en toi et Il n’est pas à l’étroit en circulant dans ton être, Lui qui a dit : « J’habiterai au milieu d’eux et J’y circulerai » (II Cor 6,16) »
« Le Royaume de Dieu est en vous » (Luc 17,21). Par là nous apprenons qu’avec un cœur purifié, nous voyons dans notre propre beauté l’image de la Divinité […]. Il y a en toi la capacité de voir Dieu : Celui qui t’a formé a déposé dans ton être une immense force. Dieu, en te créant, a enfermé en toi l’image de Sa Plénitude, comme on imprime dans la cire la marque d’un cachet. Mais la délivrance a dissimulé l’empreinte de Dieu. […] Tu es comme une pièce de métal : sous la pierre à aiguiser, la rouille disparaît. La pièce était noire, voici qu’elle reflète l’éclat du soleil et brille à son tour. Comme elle, l’homme intérieur, ce que notre Maître nomme le Cœur, une fois débarrassé de la rouille qui cachait sa beauté, retrouvera l’image première et sera réel. »

 « Que Dieu ait revêtu notre nature, c’est un fait qui ne présente rien d’étrange ni d’insensé pour les esprits qui ne se font pas de la Réalité une idée trop mesquine. Qui serait assez faible d’esprit pour ne pas croire, en considérant l’univers, que Dieu est tout : qu’Il se revêt de l’univers et, en même temps, le contient et y réside ? Ce qui existe dépend de Celui qui existe et rien ne peut exister qui ne possède l’existence dans le sein de Celui qui est. Si donc tout est en Lui, et s’il est dans tout, pourquoi rougir de la foi qui nous enseigne que Dieu a pris un jour naissance dans la condition humaine, Lui qui, même aujourd’hui, existe en l’homme ?»
« Dire qu’il y a « plusieurs hommes » est un abus ordinaire de langage…Il y en a certes une pluralité qui partagent la même nature humaine, mais, à travers eux tous, l’homme est Un… »

« Celui dont l’esprit est peu développé, quand il voit une chose sur laquelle est répandue quelque apparence de beauté, croit que cette chose est belle par elle-même […] Mais celui qui a purifié l’œil de son âme et qui est capable de voir les choses belles […] se sert comme d’un marchepied du visible pour s’élever à la contemplation du Spirituel. »
« Lorsque l’âme, devenue simple, unifiée, réellement semblable à Dieu, trouve la Plénitude […], elle adhère et se mêle à ce seul réellement aimable et désirable par l’activité vivante de l’Amour, se transformant en ce qu’elle appréhende et découvrant toujours. »

« Telle est la participation à la Plénitude Divine, qu’elle rend plus grand, immense, celui qui la réalise, de sorte qu’il ne cesse jamais de croître. La source des réalités, en effet, ne cessant jamais de jaillir, l’être de celui qui participe voit sa propre grandeur s’accroître de tout ce qui jaillit en Lui, si bien que sa capacité croît avec l’abondance des biens. »

8 novembre 2021

Pseudo-Macaire

Pseudo-Macaire ou Macaire-Syméon est un moine du IVe siècle qui a probablement vécu en Mésopotamie.


« L’âme qui a été jugée digne de participer à l’Esprit dans Sa Lumière et qui a été illuminée par la splendeur de Sa Gloire Ineffable, lorsqu’Il a fait d’elle sa demeure, devient toute Lumière, tout visage, tout œil, et il ne reste plus aucune part d’elle-même qui ne soit remplie d’yeux spirituels de Lumière. C’est-à-dire qu’elle n’a rien de ténébreux mais qu’elle est toute Lumière et Esprit, toute pleine d’yeux, n’ayant plus de revers, mais présentant son visage de tous côtés, la Beauté indescriptible de la Gloire et de la Lumière du Christ étant venue en elle et résidant en elle. »
« De même que le soleil est en tout semblable à Lui-même, n’ayant aucun revers, aucun lieu inférieur, mais tout entier resplendit de Lumière, […] de même l’âme qui a été illuminée par l’Ineffable Beauté, Gloire et Lumière de la face du Christ, et remplie du Saint-Esprit, qui a été digne de devenir la demeure et le temple de Dieu, est tout œil, toute Lumière, tout visage, toute gloire et tout Esprit, le Christ l’ornant de la sorte, la portant, la soutenant, et ainsi l’illuminant et la décorant de la beauté spirituelle. »
« Ceux qui ont été jugés digne de devenirs enfants de Dieu et de naître d’en haut de l’Esprit-Saint […), ils leur arrivent de pleurer et de s’affliger pour tout le genre humain, ils prient pour l’Adam total en versant des larmes, embrasés qu’ils sont d’Amour spirituel pour l’humanité. Parfois aussi leur esprit s’enflamme d’une telle Joie et d’un tel Amour que, si c’était possible, ils prendraient tous les hommes dans leur cœur, sans distinguer les mauvais des bons. Parfois encore, dans l’humilité de l’esprit, ils s’abaissent tellement devant tout homme qu’ils se considèrent comme les derniers et les moindres de tous. Après quoi, l’Esprit les fait de nouveau vivre dans une Joie ineffable. »

 « Si tu es devenu le trône de Dieu et que le conducteur céleste t’a pris pour char, et que ton âme entière est devenue œil spirituel et entièrement Lumière, si tu t’es nourri de la nourriture de l’Esprit, si tu as bu l’Eau de la Vie, et revêtu les vêtements de l’indescriptible Lumière, si ton homme intérieur a été établi dans l’expérience et la Plénitude de toutes ces choses, voici que tu vis en vérité la Vie Eternelle. »
« Il n’est pas vrai, comme le soutiennent certains, abusés par l’erreur, que l’homme soit irrémédiablement mort et ne puisse plus rien accomplir de bon. Un petit enfant est incapable de tout : il ne peut accourir sur ses propres jambes vers sa mère, mais il se roule à terre, il crie, il pleure, il appelle. Et elle s’attendrit, elle est tout émue de voir son enfant la chercher avec tant d’impatience et de sanglots. Il ne peut la rejoindre, mais il l’appelle inlassablement, et elle vient vers Lui, bouleversée d’Amour, elle l’embrasse, le presse sur son cœur, Lui donne à manger, avec une tendresse ineffable. Dieu nous aime et Il se conduit comme elle à l’égard de l’âme qui le cherche et l’appelle. Dans l’élan de cet Amour Infini qui est le sien […], Il s’attache à notre esprit, s’unit à Lui et « ne fait qu’un esprit » avec Lui, comme dit l’apôtre (Cor 6,17). L’âme se joint au Seigneur, et le Seigneur, rempli de compassion et d’Amour, vient et s’unit à elle et elle demeure dans sa grâce. Alors l’âme et le Seigneur ne font qu’un seul esprit, une seule vie, un seul cœur. »

 « La grâce grave dans le cœur des Fils de Lumière les lois de l’Esprit. Ils ne doivent donc pas seulement puiser leur assurance dans les Ecritures d’encre, car la grâce de Dieu grave aussi les lois de l’Esprit et les mystères célestes sur les tables du cœur. Le cœur en effet commande et régit tout le corps. Une fois que la grâce s’est emparée des pâturages du cœur, elle règne sur tous les membres et les pensées. Car c’est en Lui que sont l’esprit et toutes les pensées de l’âme et son espérance. Par Lui la grâce passe dans tous les membres du corps. »
« Si tu renonces à la vie que tu mènes aujourd’hui, si tu persévères dans la prière, tu sentiras que ton effort t’apporte un grand repos, tu découvriras dans ces peines et ces fatigues bien légères une joie, une douceur immense. Ineffable est la tendresse de Dieu. »

« Il s’offre Lui-même à ceux qui, de toute leur foi, croient que Dieu peut habiter le corps de l’homme et faire de Lui Sa demeure glorieuse. Dieu a bâti le ciel et la terre pour que l’homme y demeure, mais Il a aussi bâti le corps et l’âme de l’homme pour en faire Sa propre demeure, pour habiter dans son corps, s’y reposer comme en une maison bien tenue ».
« Voici le véritable fondement de la prière : être attentif à ses pensées et se livrer à la prière dans un grand calme, une grande paix, de manière à ne pas choquer les autres […]. L’homme devra donc porter le combat sur ses pensées, tailler dans leur masse […], se pousser vers Dieu, ne pas faire les volontés de ses pensées, mais au contraire, les ramener de leur dispersion en triant les pensées naturelles d’avec les mauvaises. L’âme sous le péché s’avance comme à travers un fleuve envahi de roseaux, de fourrés […]. Qui veut les franchir doit étendre les mains et, péniblement, écarter de force l’obstacle qui l’emprisonne. Ainsi les pensées de la puissance ennemie enveloppent l’âme de leur gangue. Il faut un grand zèle, une grande attention pour les discerner. »

 « Les lampes innombrables qui brûlent ont toutes été allumées au même feu, c’est–à-dire que toutes, elles ont été allumées et brillent sous l’action d’une seule et même substance. Ainsi les Chrétiens resplendissent sous l’action du Feu Divin, le Fils de Dieu. Leurs lampes allumées se trouveront au fond de leur cœur et brillent en Sa Présence, pendant le temps qu’ils passent sur terre, tout comme Lui-même resplendit. »                                                                            
« L’Esprit ne dit-il pas : « C’est pour cela que Dieu t’a oint d’une huile d’allégresse » (Ps 45,8) ? Il a été appelé Oint (Christos) afin que, recevant l’onction de la même huile dont il a été oint, nous puissions nous aussi être appelés des « Christos », étant de la même nature et formant avec Lui un seul corps. Il est écrit également : « Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés forment un seul tout » (Héb 2,11) »

7 novembre 2021

Maxime le Confesseur

Maxime le Confesseur né 580 et mort en 662, est probablement un moine et un théologien byzantin.


« Une âme qui nourrit de la haine contre un homme ne peut être en paix avec Dieu. […] « Si vous ne pardonnez aux hommes leurs fautes, dit-il, votre Père céleste non plus ne vous pardonnera pas les vôtres » (Mat6,14). […] »
« Tout le But des préceptes du Sauveur, c’est d’arracher l’esprit au chaos et à la haine, pour le mener à Son Amour et à celui du prochain. D’où jaillit comme un éclair la Sainte Connaissance. »

 « Ainsi parle l’apôtre Divin : « depuis la création du monde, les choses invisibles sont contemplées à travers les créatures ». Si à travers les choses visibles, les invisibles sont contemplées, dans une bien plus grande mesure les choses visibles sont approfondies à travers les invisibles par ceux qui s’adonnent à la contemplation. Car la contemplation symbolique des choses spirituelles à travers les visibles n’est autre que la contemplation dans l’Esprit des choses visibles à travers les invisibles. »
« Le But de la foi, c’est la vraie révélation de son objet. Et la vraie révélation de l’objet de la foi, c’est la communion indicible avec Lui […]. »

« Et cette communion est le retour des croyants à leur principe comme à leur fin et donc le rassasiement du désir. Et le rassasiement du désir, c’est la stabilité éternellement en mouvement des désirants autour de l’objet désiré… et donc l’éternelle jouissance sans séparation […], la participation aux choses Divines. Et cette participation aux choses Divines est la similitude du participé et des participants. Et cette similitude c’est selon l’énergie, l’identité des participants avec le participé […]. Cette identité, c’est la Déification. »
« Le croyant est saisi d’un tremblement sacré. Celui qui craint ainsi trouve l’humilité. Celui qui trouve l’humilité reçoit la douceur. Par sa manière d’être, il surmonte les mouvements contre nature de l’agressivité et de la convoitise. Celui qui est doux garde les commandements. Celui qui garde les commandements se purifie. Celui qui est purifié est illuminé. Il est jugé digne d’entrer avec le Verbe dans la chambre nuptiale des mystères. »

« L’homme déifié, tout en restant entièrement homme par sa nature, dans son âme et dans son corps, devient entièrement Dieu dans son âme et dans son corps, par la grâce et la Splendeur Divine de la gloire béatifiante qui le pénètre entièrement. » 
« Devenue Dieu par déification, la créature ne porte et ne manifeste désormais que l’Energie Divine, de sorte qu’il n’y a plus en toutes choses qu’une seule et unique énergie commune à Dieu et à ses élus, ou plutôt il n’y a plus que Dieu seul, dans la mesure où, comme il convient à l’Amour, il envahit tout entier ses élus tout entiers. »

« L’âme est parfaite, quand sa puissance de passion s’est complétement tournée vers Dieu. »


6 novembre 2021

Isaac le Syrien

Isaac le Syrien ou Isaac de Ninive, né en 640 et mort en 700, est un ascète, mystique, écrivain, théologien, évêque. Un des plus grands maîtres spirituels du christianisme oriental.


« Seigneur, quand ton Esprit Saint vient habiter dans un homme, cet homme ne peut plus cesser de prier, car l'Esprit en Lui prie sans cesse. Qu'il dorme, qu'il veille, dans son cœur la prière est toujours à l'œuvre. Qu'il mange, qu'il boive, qu'il se repose ou qu'il travaille, l'encens de la prière monte spontanément de son cœur. La prière en Lui n'est plus liée à un temps déterminé, elle est ininterrompue. Même durant son sommeil, elle se poursuit, bien cachée. Car le Silence d'un homme qui est devenu libre est en Lui-même déjà prière. Ses pensées sont inspirées par Toi, mon Dieu. Le moindre mouvement de son cœur est comme une voix qui, silencieuse et secrète, chante pour Toi l'Invisible. »

« Purifie-toi et tu verras le Ciel en toi. En toi tu verras les anges et leur Lumière, et tu verras leur Maître avec eux et en eux. […] Le Pays Spirituel de l’homme à l’âme purifiée est au-dedans de Lui. Le soleil qui brille en Lui est la Lumière de la Trinité. L’air que respirent les pensées qui Lui viennent est l’Esprit-Saint Consolateur. Avec Lui demeurent les anges. Leur vie, leur joie, leur fête sont le Christ, Lumière de la Lumière du Père. Un tel homme se réjouit à toute heure de la contemplation de son âme, il s’émerveille de sa beauté qu’il y voit, cent fois plus lumineuse que la splendeur solaire. […] C’est là le Royaume de Dieu caché au-dedans de nous, selon la parole du Seigneur. »
« Qu’est-ce, brièvement, que la Pureté ? C’est un cœur compatissant pour toute la nature créée. […] Et qu’est-ce qu’un cœur compatissant ? Il dit : « C’est un cœur qui brûle pour toute la création, pour les hommes, pour les oiseaux, pour les bêtes, pour les démons, pour toute créature. Lorsqu’il pense à eux, lorsqu’il les voit, ses yeux versent des larmes. Si forte, si violente est sa compassion […] que son cœur se brise lorsqu’il voit le mal et la souffrance de la plus humble créature. C’est pourquoi il prie avec larmes à toute heure […] pour les ennemis de la Vérité et tous ceux qui Lui nuisent, afin qu’ils soient gardés et pardonnés. Il prie même pour les serpents dans l’immense compassion qui se lève en son cœur, sans mesure, à l’image de Dieu. »

« Quand tu t’adonnes à la prière, si tu es autant que possible loin de toute distraction et si le verset s’arrête soudain sur ta langue et immobilise ton âme dans le Silence, si en dehors de ta volonté, ce Silence demeure en toi, sache que tu viens d’entrer dans la Paix […]. Et encore : si tu vois en toute pensée qui se lève en ton âme, en tout souvenir et en toutes contemplations qui te tiennent dans la Paix, les larmes emplir tes yeux et couler sans effort sur tes joues, sache que le mur s’est ouvert devant toi […]. »
« Et si tu trouves en toi de temps en temps ton intelligence plongée dans ton cœur sans que tu l’aies prévu et hors de toute règle, et si elle y reste un moment […], si après cela tu sens tes membres comme pris par une grande faiblesse, si la Paix règne sur tes pensées, si cet état persiste, sache que la nuée a commencé à couvrir de son ombre ta demeure. »

« C’est au moment où l’homme prie et supplie Dieu et Lui parle, se faisant violence pour recueillir de partout […] ses pensées, qu’il s’ouvre à Dieu seul et à son cœur rempli par Lui. Il comprend alors l’incompréhensible. Car l’Esprit-Saint […] souffle en Lui jusqu’à ce que, dans la plus haute attention, cesse le mouvement même de la prière, que dans son émerveillement, l’esprit soit frappé d’admiration et comblé d’Amour, et qu’il oublie son désir et sa propre demande. Ses mouvements sont plongés dans une ivresse profonde. Il n’est plus au monde. Il ne distingue plus entre l’âme et le corps et la mémoire des choses. Le grand et Divin Grégoire l’a dit : « La prière est la pureté de l’esprit. Elle s’arrête elle-même quand la Lumière de la Sainte Trinité la ravit dans l’émerveillement. »
« Une chose est la Joie de la prière, et une autre la prière de contemplation. La seconde est plus précieuse que la première, comme l’homme adulte est plus avancé que l’enfant. Il arrive que les versets d’un psaume soient très doux dans la bouche, et que la psalmodie d’un seul verset durant la prière nous empêche de poursuivre et de passer à un autre verset, tant elle est inépuisable. Mais il arrive aussi que de la prière naisse la contemplation, qui interrompt ce que disent les lèvres. L’homme est alors en extase. La contemplation fait de Lui comme un corps sans souffle. C’est là que nous appelons la prière de contemplation […]. Mais il y a encore dans cette contemplation une mesure […] : c’est toujours une prière. La méditation n’est pas encore parvenue au point où il n’y a plus de prière, et qui est plus haut. »

« En effet les mouvements de la langue et du cœur dans la prière sont des clefs. Mais ce qui vient ensuite est l’entrée dans le Lieu du Trésor. Quand se taisent ici toute bouche et toute langue, et le cœur qui recueille les pensées, et l’esprit qui gouverne les sens, et le travail de méditation, oiseau rapide et impudent. Que cesse leur activité. […] Car est venu le Maître de maison. »
« Viens un autre état, lorsque l’homme marche sur le chemin de la Vie […] et que d’en haut Lui est donnée la grâce d’éprouver la douceur de la connaissance de l’Esprit. Il reçoit la certitude que Dieu veille sur Lui […] et il est en admiration devant les Essences Spirituelles des choses. […] C’est alors qu’entre en Lui la douceur de Dieu et le feu de son Amour. […] On sent cette puissance quand on observe avec une attention contemplative tous les êtres de la création, toutes les choses que l’on rencontre. […] Par l’effet de cette grande attention, l’homme atteint désormais l’Amour de Dieu et s’enivre comme de vin. Ses membres fondent. Son esprit est hors de Lui-même. Et son cœur est emporté à la suite de Dieu. »

« Il arrive par moments que délices et jouissances pénètrent tout le corps. Et la langue de chair ne peut plus rien dire, tellement les choses terrestres ne sont plus alors que cendres et scories. Les premières délices, celles du cœur, nous comblent dans la veille : l’esprit brûle à l’heure de la prière, au moment de la lecture, au cours de méditations fréquentes ou de longues contemplations. »
« Mais les dernières délices nous viennent autrement, souvent la nuit, et de cette manière : quand nous sommes entre le sommeil et la veille, quand nous dormons sans dormir et sommes éveillés sans l’être vraiment. Palpitant dans tout son corps, ces délices pénètrent l’homme. Il Lui apparaît alors que ce n’est là rien d’autre que le Royaume des Cieux. »

« L’Amour de Dieu est par nature une chaleur. Quand il fond sans mesure sur un homme, il plonge son âme dans l’extase. C’est pourquoi le cœur de celui qui l’a senti ne peut supporter d’en être privé. Mais il connaît un changement étrange, à la mesure de l’Amour qui l’envahit. Tels sont les signes de cet Amour : le visage de l’homme s’enflamme de Joie et son corps est comblé de chaleur. La peur et la pudeur le quittent, comme s’il était sorti de Lui-même. […] Il est comme fou. La mort terrible Lui est Joie, […] Il n’a plus sa connaissance et sa vision naturelles. Il n’a plus conscience de ses gestes. Bien qu’il continue d’agir, il ne sent rien, comme si son intelligence était suspendue dans la contemplation. Sa pensée est toujours en dialogue avec l’Autre. »

« Qu’est-ce que la Connaissance ?                                                                                                          - Le sens de la Vie Immortelle                                                                                                                - Et qu’est-ce que la Vie Immortelle ?                                                                                                  – Tout sentir en Dieu. Car l’Amour vient de la rencontre. La Connaissance unie à Dieu accomplit tout désir. Et pour le cœur qui la reçoit, elle est tout entière douceur débordant sur la terre. Car il n’est rien de semblable à la douceur de la connaissance de Dieu. »

5 novembre 2021

Al-Ghazâlî

Al-Ghazâlî né en 1058 et mort en 1111, est un Maître Soufi d’origine perse. Personnage emblématique dans la culture musulmane, il représente le mysticisme le plus profond.


« L’univers est constitué par deux mondes, spirituel et matériel, ou, si vous préférez, un monde des sens et un monde de l’Intelligence ; ou encore, un monde supérieur et un monde inférieur. Toutes ces expressions sont proches l’une de l’autre, et la différence entre elles, n’est qu’une question d’éclairage. Si l’on considère les deux mondes en eux-mêmes, on utilise la première expression ; si c’est par rapport à l’organe qui les saisit, la seconde ; si c’est leur relation mutuelle, la troisième expression. On peut aussi les appeler le monde de la souveraineté et de la perception sensorielle, et le monde de l’Invisible et du Royaume Céleste. […] »
« Le monde visible est, ainsi que nous l’avons dit, le point de départ vers le monde du Royaume Céleste, et l’avance du pèlerin sur la Voie Droite est une expression désignant cette ascension, qui peut aussi être désignée comme la Religion, et le lieu où descend la Lumière qui guide. S’il n’y avait pas de relation et de connexions entre les deux mondes, toute ascension de l’un vers l’autre serait inconcevable. C’est pourquoi la Miséricorde Divine a conféré au monde visible une correspondance avec le monde du Royaume Céleste, et pour cette raison il n’existe pas une seule chose dans ce monde du sens, qui ne soit un symbole de quelque chose dans l’autre monde. »

« Pour les mystiques, Dieu fait parler chaque atome des Cieux et de la terre de Son omnipotence, d’une façon telle, qu’ils entendent comment tout proclame Sa sainteté, chante Ses louanges et confesse sa propre impuissance et ce, dans un langage parfaitement clair. »
« Ainsi que le dit encore le grand mystique Abû Yazid Bistamî : « Le savant n’est pas celui qui emprunte sa connaissance à quelque livre, et qui devient ignorant quand il oublie ce qu’il a appris. Le vrai savant est celui qui reçoit, quand il le veut, sa connaissance de son Seigneur, sans étude ni enseignement. »

« Quand l’homme s’est rendu familier avec le dhikr (invocation du Nom de Dieu), il se sépare de toute chose. Or, à la mort, il est séparé de tout ce qui n’est pas Dieu. Dans le tombeau, il ne Lui reste ni épouse, ni biens, ni enfant, ni ami. Seul Lui reste le dhikr. Si ce dhikr Lui est familier, il y prend plaisir et se réjouit que les obstacles qui l’en détournaient aient été éloignés […], de sorte qu’il se découvre comme seul avec son Bien-Aimé. Ainsi l’homme, après la mort, trouve son plaisir dans cette intimité. Puis, pris sous la protection de Dieu, il s’élève de la pensée de la rencontre, à la rencontre elle-même. »

4 novembre 2021

Ibn'Arabi

Ibn’Arabi, né en 1165 en Espagne et mort en 1240 en Syrie, est un théologien, juriste, poète et métaphysicien musulman. Il est considéré comme le plus grand Maître Spirituel du Soufisme.


« Quiconque vivifie une âme morte par la vie de la connaissance dans n'importe quel domaine rattaché à la connaissance de Dieu, la vivifie vraiment. Cette connaissance particulière étant pour cette âme comme une Lumière avec laquelle elle marche parmi les gens, c'est-à-dire entre ceux qui Lui sont pareils en foi. »

« Lorsque l'homme s'éloigne des créatures ainsi que de sa propre âme, et fait taire en Lui la conscience du moi pour laisser place seulement à la connaissance du Seigneur, aussi lorsqu'il se détache de la nourriture corporelle et se maintient en état de veille pendant que les autres sont plongés dans le sommeil, lorsqu'il réunit donc en Lui ces quatre résultats, sa nature humaine est transmuée en nature angélique, sa servitude est changée en Seigneurie, son intelligence est convertie en faculté intuitive , sa Réalité invisible devient manifeste. »

« Celui dont la langue se tait, même si son cœur ne se tait pas, allège son fardeau ; celui dont la langue et le cœur se taisent tous les deux, purifie son « Centre Secret » et son Seigneur s'y révèle ; celui dont le cœur se tait, mais dont la bouche parle, prononce les paroles de la Sagesse ; mais celui dont ni la langue ni le cœur ne se taisent est objet de Satan et soumis à sa domination. Le Silence de la langue est un des traits ordinaires de tous les hommes spirituels, et de tous les Maîtres de la Voie. Le Silence du cœur est parmi les caractères distinctifs des « rapprochés » qui sont des gens de contemplation. L'état que le Silence assure aux « progressants » est la préservation des malheurs, et celui qu'il favorise chez les « rapprochés » est l'entretien dans la familiarité seigneuriale. »

« […] Ainsi en va-t-il pour l'Amour : un être n'aime en réalité personne d'autre que son Créateur. [...] Et si tu aimes un être pour sa beauté, tu n'aimes nul autre que Dieu, car Il est l'Etre-Beau. Ainsi, sous tous ses aspects, l'objet de l'Amour est uniquement Dieu. En outre, comme Dieu se connaît Soi-même et que c'est en se connaissant Soi-même qu'Il a connu le monde, Il l'a produit « ad extra » à Son image. Ainsi le monde est-il pour Lui un miroir dans lequel Il voit sa propre image, et c'est pourquoi Dieu n'aime que Soi-même, de sorte que s'Il déclare : Dieu vous aimera, – en réalité Il est Soi-même celui qu'Il aime. »

« Celui qui unit en sa connaissance de Dieu le point de vue de la transcendance avec celui de l’immanence, et qui attribue à Dieu les deux aspects globalement, le connaît vraiment, c’est-à-dire qu’il le connaît globalement, non pas distinctement, de même que l’homme se connaît soi-même globalement et non pas distinctement. »

« Dieu est donc le miroir dans lequel tu te vois toi-même, comme tu es Son miroir dans lequel Il contemple Ses Noms. Or, ceux-ci ne sont rien d’autre que Lui-même. »

 « La Divinité conforme à la croyance est celle qui peut être définie, et c’est Elle, le Dieu que le cœur peut contenir selon la Parole Divine : « Ni Mes Cieux, ni Ma Terre ne peuvent Me contenir, mais le Cœur de Mon serviteur fidèle Me contient ». Car la Divinité absolue ne peut être contenue par aucune chose, puisqu’Elle est l’Essence même des choses et Sa Propre Essence. »

« Sans Lui (comme principe actif) et sans nous (comme réceptacle de Son acte) rien n'existerait. Je L'adore en Vérité ; et Dieu est notre Maître. Mais je suis Lui-même pour autant que tu considères en moi l'Homme universel. Ne te laisses donc pas aveugler par le voile de l'homme individuel, et il sera pour toi un symbole évident. Sois à la fois Dieu en ton essence et créature par ta forme et tu seras par Dieu le dispensateur de Sa Miséricorde. Tu seras un repos délivrant et un parfum de vie. »

« Celui qui est fixé sur telle adoration particulière ignore nécessairement la Vérité intrinsèque d’autres croyances, par là-même que sa croyance en Dieu implique une négation d’autres formes de croyance. S’il connaissait le sens de la parole de Junyad « La couleur de l’eau, c’est la couleur de son récipient », il admettrait la validité de toute croyance, et il reconnaîtrait Dieu en toute forme et en tout objet de foi. C’est qu’il n’a pas la connaissance de Dieu, mais se fonde uniquement sur l’opinion dont parle la Parole Divine : « Je Me conforme à l’opinion que Mon serviteur se fait de Moi », ce qui veut dire : Je ne Me manifeste à Mon adorateur que sous la forme de sa croyance ; donc qu’il généralise, s’il veut, ou qu’il détermine. »

« Tandis que l'ascète se plaît à renoncer au monde, et que celui qui se confie à Dieu repose entièrement sur son Seigneur, et tandis que le désirant recherche les chants spirituels et l'enthousiasme annihilant, et que l'adorateur est tout à sa dévotion et à son effort, enfin tandis que le sage connaisseur exerce sa force d'esprit et se concentre sur le But, ceux qui sont investis de l'Autorité et possèdent la Science restent cachés dans l'invisible et ne les connaît ni « connaisseur », ni « désirant », ni « adorateur », comme ne les perçoit ni « confié à Dieu », ni « ascète » ! L'ascète renonce au monde pour en obtenir le prix, le confiant se remet à son Seigneur pour atteindre son dessein, le désirant recherche l'enthousiasme pour abolir le chagrin, l'adorateur fait du zèle dans l'espoir d'accéder à la « proximité », le connaisseur sage vise par sa force d'esprit l' « arrivée », mais la Vérité ne se dévoile qu'à celui qui efface sa propre trace et perd jusqu'à son nom ! »


3 novembre 2021

Rûmi

Rûmî Djalâl ad-Dîn, né en 1207 en Afghanistan et mort en 1273 en Turquie, est considéré comme le plus grand poète et mystique musulman de langue persane.

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« Purifie-toi des attributs du moi, afin de pouvoir contempler ta propre Essence Pure, et contemple dans ton propre cœur toutes les sciences des prophètes, sans livres, sans professeurs, sans maîtres. Le livre du Soufi n’est composé d’encre et de lettres ; il n’est rien d’autre qu’un cœur blanc comme la neige. »
« Que faire, ô Musulmans ? Car je ne me reconnais pas moi-même. Je ne suis ni Chrétien, ni Juif, ni Guèbre, ni Musulman ; je ne suis ni d’Orient, ni d’Occident, ni de la terre, ni de la mer ; je ne proviens pas de la nature, ni des Cieux en leur révolution. […]. Ma place est d’être sans place, ma trace d’être sans trace ; ce n’est ni le corps ni l’âme, car j’appartiens à l’âme du Bien-aimé. J’ai renoncé à la dualité, j’ai vu que les deux mondes sont Un : Un seul je cherche, Un seul je sais, Un seul je vois, Un seul j’appelle. »

 « De même que le Souffle de l’Esprit-Saint, insufflé en Marie, Lui a fait concevoir l’Enfant Divin, de même lorsque la Parole de Dieu pénètre dans le cœur de quelqu’un, et que l’inspiration Divine emplie son cœur et son âme, sa nature est telle qu’alors est produit en Lui un enfant spirituel ayant le souffle de Jésus qui ressuscite les morts. L’appel de Dieu qu’il soit voilé ou non, octroie ce qu’Il a octroyé à Marie. O vous qui êtes corrompus par la mort à l’intérieur de votre corps, revenez de la non-existence à la voix de l’Ami. En vérité, cette voix provient de Dieu. »
« Dieu a dit au Saint : « Je suis ta langue et tes yeux, Je suis tes sens, Je suis ton contentement et Je suis ton courroux. Va, car tu es celui dont Dieu a dit : « Par Moi, il entend et par Moi, il voit ; tu es la Conscience Divine. » Comment conviendrait-il de dire que tu possèdes cette Conscience Divine ? Puisque tu es devenu, par ton émerveillement, « Celui qui appartient à Dieu », Je suis à toi, car Dieu Lui appartiendra. Parfois Je te dis : « c’est toi », parfois « c’est moi ». Quoi que Je dise, Je suis le soleil illuminant toutes choses. »

 « Il est le Premier, Il est le Dernier, Il est Manifeste, Il est le Caché ; je ne connais nul autre que « ô Lui » et « ô Lui qui est ! ». Je suis enivré à la coupe de l’Amour, je n’ai que faire des deux mondes ; je n’ai d’autre fin que l’ivresse et l’extase. Si j’ai passé un seul instant de ma vie sans toi, de ce moment et de cette heure, je me repens. Si j’obtiens en ce monde un seul moment avec Toi, je foulerai aux pieds les deux mondes, je danserai en triomphe à jamais. O Shams de Tabriz ! Je suis si enivré en ce monde que je ne sais rien d’autre qu’ivresse et transports. »
« Quand l’homme et la femme deviennent Un, Tu es cet Un ; quand les unités sont effacées, tu es cet Unité. Tu as façonné ce Je et ce nous afin de pouvoir jouer au jeu de l’adoration avec Toi-même. Afin que tous les Je et Tu deviennent une seule âme, et soient à la fin submergés dans le Bien-aimé. »

2 novembre 2021

Awhad al-dîn Balyânî

Awhad al-dîn Balyânî, originaire de la région de Shîrâz (Iran), mort en 1288, est un des plus grands maîtres  spirituels du Soufisme. (extraits de l’Epitre sur l’Unicité Absolue)



« C'est en raison de tout cela que le Prophète - sur Lui la Grâce et la Paix ! - a dit : « Celui qui se connaît Soi-même connaît son Seigneur ». Il a dit aussi : « J'ai connu mon Seigneur par mon Seigneur ».  Ce que le Prophète indique par-là, c'est que tu n'es pas « toi » mais que tu es « Lui » et qu'il n'y a pas de « toi » ; et non pas qu'il entre en toi ou sort de toi, ou que tu entres en Lui ou sort de Lui. »

« Cela ne signifie pas davantage que tu possèdes l'être et que tu es qualifié par tel ou tel attribut - non, définitivement non ! Ce qu'il a voulu dire, c'est que tu es totalement dépourvu d'être et que jamais tu ne « seras », que ce soit par toi-même, ou par Lui, ou en Lui, ou avec Lui. »

« On ne peut dire de toi, ni que tu cesses d'être, ni que tu es. Tu es Lui et Il est toi, sans aucune de ces imperfections. Si tu connais ton « être » de cette façon, alors tu connais Dieu ; et sinon, tu ne Le connais pas ! »

« Lorsque ce secret se dévoile à toi, tu sais que tu n'es pas « ce qui est autre que Dieu » mais que tu es toi-même le But de ta quête, que tu n'as nul besoin de l'extinction (pour y parvenir), que tu n'as jamais cessé et ne cesseras jamais d'être, au-delà de tout « quand » et de tout moment, ainsi que nous l'avons déjà mentionné : tu vois Ses attributs comme tes attributs, ton extérieur comme Son Nom « l'Apparent », ton intérieur comme Son Nom « le Caché », ton commencement comme Son Nom « le Premier » et ton terme comme Son Nom « le Dernier », sans le moindre doute ou la moindre hésitation à ce sujet. Tu vois Ses attributs comme tiens et Son essence comme ton essence, sans que tu aies à devenir Lui ou qu'Il ait à devenir toi à quelque degré que ce soit. »

« La plupart de ceux qui se prétendent des connaisseurs subordonnent la connaissance de Dieu à l'extinction de l'être et à « l'extinction de l'extinction ». C'est là une erreur et un manque de discernement manifeste ; la connaissance de Dieu n'exige, ni extinction de l'être, ni extinction de cette extinction, car les choses n'ont pas d'être, et ce qui n'a pas d'être ne peut donc s'éteindre, puisque l'extinction suppose l'affirmation préalable que ce qui s'éteint était. Si tu te connais comme n'étant pas et (par conséquent comme) ne cessant pas d'être, alors tu connais Dieu ; et sinon, tu ne Le connais pas ! »

« Ne pense donc pas que (pour Le connaître) tu dois d'abord cesser d'être : car si cette extinction était nécessaire, cela signifierait que tu Le voiles. Il serait par conséquent voilé par « autre que Lui », ce qui impliquerait nécessairement qu'un autre que Lui peut l'emporter sur Lui et L'empêcher d'être vu. C'est là une erreur et un manque de discernement : ainsi que nous l'avons déjà mentionné, Son voile n'est rien d'autre que Son Unicité et Sa singularité. Voilà pourquoi il est licite à celui qui parvient à la Vérité essentielle de dire : « Je suis la Vérité » ou « gloire à Moi ! ».

« Nul n'est véritablement parvenu jusqu'à Lui aussi longtemps qu'il ne voit ses attributs comme les attributs de Dieu et son essence comme l'essence de Dieu ; cela sans qu'il y ait infusion en Dieu ou effusion, à partir de Lui, de Son essence et de Ses attributs et sans qu'il y ait non plus extinction par rapport à Dieu ou permanence en Lui. Il se voit comme ayant toujours été dépourvu d'être propre, et non pas comme l'ayant eu, puis perdu. »

« Il n'y a de soi que le Soi, il n'y a d'être que Son Etre. Le Prophète - sur Lui la Grâce et la Paix ! - a fait allusion à cela lorsqu'il a dit : « N'insultez pas le Temps, car Dieu est le Temps », affirmant ainsi que la transcendance de Dieu - qu'il soit exalté et béni - exclut tout associé, égal ou pareil. »

« Quand se découvre le secret d'un seul atome se découvre aussi le secret de toutes les choses existenciées, apparentes ou cachées, et tu cesses de voir les deux mondes comme autres que Dieu ; leurs noms et ce qu'ils nomment sont dépourvus de réalité. Ou plutôt : leurs noms et ce qu'ils nomment, et leur existence même sont Lui, sans le moindre doute. »

« Tu ne vois pas Dieu comme ayant jamais créé une chose quelconque mais comme étant « chaque jour à une œuvre », laquelle tantôt Le manifeste et tantôt L'occulte, et cela en dehors de toute modalité concevable : Car « Il est le Premier et le Dernier, l'Apparent et le Caché et Il est Savant à l'égard de toute chose ». Il se manifeste par Son Unicité et se cache par Sa Singularité. Il est le Premier par Son Essence et Son Immutabilité et le Dernier par Sa permanence éternelle. Il est l'être même du Nom « le Premier » et du Nom « le Dernier » du Nom « l'Apparent » et du Nom « le Caché ». Il est à Lui-même le Nom et le Nommé. » 

« De même qu'il est nécessaire qu'Il soit, il est nécessaire que ce qui est « autre que Lui » ne soit pas. En effet, ce que tu crois être « autre que Lui » n'est pas « autre que Lui ». « L'autre que Lui » est Lui ; Sa transcendance exclut qu'un « autre que Lui » soit véritablement « autre » : « l'autre que Lui » est Lui sans qu'il y ait réellement altérité, que ce soit « avec Lui », ou « en Lui », intérieurement ou extérieurement. »

« Celui qui comprend cet exemple sait qu'il n'y a en fait ni union, ni séparation ; que le connaisseur est Lui et que le connu est Lui ; que celui qui voit est Lui et que ce qui est vu est Lui ; que celui qui arrive est Lui et que ce à quoi il arrive est Lui. »

« Nul autre que Lui ne parvient à Lui, nul autre que Lui ne se sépare de Lui. Quiconque comprend cela est totalement exempt de l'idolâtrie de l'idolâtrie ; quiconque ne l'a pas compris n'a pas même respiré le parfum de cette libération de l'idolâtrie. »

« Sache, en résumé, que celui qui voit et ce qui est vu, celui qui trouve et ce qui est trouvé, celui qui sait et ce qui est su, Celui qui existencie et ce qui est existencié, celui qui perçoit et ce qui est perçu ne sont qu'Un. »
« Il voit, connaît, perçoit Son Etre par Son Etre, au-delà de toute modalité et de toute forme de vision, de connaissance ou de perception. De même que Son Etre transcende tout « comment », de même aussi la vision, la connaissance ou la perception qu'Il a de Lui-même sont sans « comment. »


1 novembre 2021

Shankarâchârya

Shankarâchârya, né en Inde en 788 et mort en 820, est un philosophe, métaphysicien, et réformateur de l’Hindouisme. Il est un des principaux fondateurs de l’Advaïta Vedanta.


« Brahman (Dieu) ne ressemble point au monde, et hors de Brahman il n’y a rien ; tout ce qui semble exister en dehors de Lui ne peut exister qu’en mode illusoire, comme l’apparence de l’eau (le mirage) dans le désert. »
« Quand le soleil de la Connaissance Spirituelle se lève dans le ciel du cœur, il chasse les ténèbres de l’ignorance, il pénètre tout, enveloppe tout, et illumine tout. »

« L’œil de la Connaissance contemple le véritable Brahman, plein de Béatitude, pénétrant tout ; mais l’œil de l’ignorance ne Le découvre point, ne L’aperçoit point, comme un homme aveugle ne voit pas la Lumière sensible. »
« Le Yogin, dont l’intellect est parfait, contemple toutes choses comme demeurant en Lui-même (dans son propre « Soi »), et ainsi, par l’œil de la Connaissance, il perçoit que toute chose est Atman (la Pure Conscience). »

 « Il est comme l’éther, qui est répandu partout, et qui pénètre simultanément l’extérieur et l’intérieur des choses ; il est incorruptible, impérissable ; Il est le même dans toutes choses, pur, impassible, inaltérable. »

« Le Soi étant éclairé par la méditation, puis brûlant du feu de la Connaissance, il est délivré de tous les accidents, et brille dans sa propre splendeur, comme l’or qui est purifié dans le feu. »
« Celui qui a fait le pèlerinage de son propre Soi, un pèlerinage dans lequel il n’y a rien concernant la situation, la place ou le temps, qui est partout, dans lequel ni le chaud ni le froid ne sont éprouvés, qui procure une Félicité permanente et une délivrance définitive de tout trouble ; celui-là est sans action, il connaît toutes choses, et il obtient l’Eternelle Béatitude. »